La bénédiction du bourdon
Lorsqu’un pèlerin envisage de partir vers Saint-Jacques de Compostelle, il sait que pour suivre la tradition, il devra faire bénir son bourdon, lors d’une cérémonie spéciale dans l’oratoire de sa paroisse de départ.
« Reçois ce bâton, réconfort contre la fatigue de la marche dans la voie de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre toutes les embûches de l’ennemi et parvenir en toute tranquillité au sanctuaire de Saint Jacques et que, ton but atteint, tu nous reviennes avec joie par la grâce de Dieu. »
Recevoir son bâton, c’est reconnaître avec humilité ses possibles faiblesses. Ainsi le bâton est un support permanent contre toutes les agressions, qu’elles soient physiques ou spirituelles. Pour d’autres, il ne sera longtemps qu’un simple morceau de bois qui fera office de canne le long du chemin, jusqu’à Santiago, mais qu’ils conserveront en le remerciant pour les avoir porté pendant des mois.
Symbolisme et signification du bourdon
Alors que représente-t-il ? Avez-vous remarqué que sur les gravures anciennes il a une forme spéciale qui se termine par un crochet, ou une boule ? Savez-vous qu’il a une longueur qui ne laisse rien au hasard ?
Je vous propose de revisiter ce qui peut paraître évident pour certains.
- Pourquoi partons-nous ? L’appel que nous entendons va nous jeter sur le chemin de Saint Jacques et nous donner la possibilité de nous reconstruire intérieurement.
- Cette opération ne doit pas se faire n’importe comment, mais reprendre le processus de construction d’un édifice sacré.
- Le bâton utilisé est terminé par une boule qui permet de matérialiser la course du soleil.
- La longueur de mon bourdon est de 1.618 mètre, valeur du nombre d’or, la divine proportion selon la moine Luca Pacioli di Borgo.
Le bourdon comme symbole spirituel
- Au Psaume 23, dit du bon pasteur, il est écrit « …ta houlette et ton bâton me rassurent. »
- Le bâton tendu vers le ciel, n’est pas un geste de menace mais au contraire une supplique, un appel vers le divin, celui de Moïse sur le mont Horeb.
- Le pèlerin balance son bourdon et le fait chanter à la cadence de son pas. C’est un mantra, une prière muette au diapason de la marche.
Le bourdon et le pèlerin
- L’homme qui marche, est un nomade, un itinérant qui transporte sur son dos sa maison.
- Il accompagne chaque pas vers l’avant, vers son destin, en s’intégrant dans le mouvement et le rythme du pèlerin.
- Il touche la terre, il indique le ciel ; il est, en cela, l’emblème du pèlerin lui-même, une jonction entre nos deux pôles : terrestre et céleste.
Conclusion
En arrivant au terme de ma pérégrination, j’ai satisfait au rituel et dans la Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, je suis passé derrière l’autel majeur pour étreindre la statue de Saint-Jacques, je l’ai remercié de m’avoir porté sur ses épaules. Je n’ai compris que plus tard, qu’il m’avait accompagné tout au long du chemin sous la forme de mon bâton.
Ce bâton m’attendait sous l’ombrage d’un vieil arbre à Vega de Valcarce. Je n’ai vu que lui lorsque je me suis approché et mon cœur a tressailli
« Sage ! Pour soutenir tes vieux jours, ne demande un bâton qu’à l’arbre planté de tes mains durant tes jeunes années »




